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Interview de M. Hormuth, président du DAAD, par l’AEF

Interview de M. Hormuth, président du DAAD, par l’AEF

“Une agence de mobilité doit être indépendante des ministères”.

 "C'est aux universités de prendre des décisions stratégiques, de choisir les pays avec lesquels se rapprocher, mais cela ne peut pas se faire sans le soutien financier du gouvernement", estime Stefan Hormuth, président du DAAD, l'équivalent de CampusFrance en Allemagne.
Créé en 1925, l'office allemand d'échanges universitaires a 14 bureaux à l'étranger et 49 centres d'information. Stefan Hormuth, son président depuis un an, revient pour l'AEF sur son fonctionnement et les défis de la mobilité en Allemagne.

 

 

aef_logo.gif Dépêche n°107645
Sabrina Dourlens ( )
Paris, Jeudi 15 janvier 2009, 10:45:35
Ligne directe: 01 53 10 09 75

 


Prof HormuthL'AEF: Pensez-vous qu'une agence de mobilité doit être indépendante?

Prof. HormuthStefan Hormuth: Indépendante des ministères, certes, mais pilotée par les universités. C'est aux universités de prendre des décisions stratégiques, de choisir les pays avec lesquels se rapprocher. Mais cela ne peut pas se faire sans le soutien financier du gouvernement. Le DAAD négocie avec le gouvernement pour l'obtention des fonds et coopère étroitement avec lui, mais c'est l'office qui développe sa propre stratégie et les programmes respectifs. Nous ne sommes pas en désaccord avec le gouvernement, bien au contraire: il nous soutient dans nos actions. Parfois il souhaite mettre la priorité sur certains pays pour renforcer la coopération, comme l'Inde ou l'Afrique. Il nous donne des fonds supplémentaires, mais fait confiance à notre expertise pour monter les programmes appropriés. Les nombreuses années d'expérience du DAAD semblent avoir un effet convaincant.

L'AEF: Que pensez-vous de la future réorganisation de CampusFrance (L'AEF n°99975) et du pilotage par les ministères?

Stefan Hormuth: L'agence est jeune, il est normal que son statut évolue. En ce qui concerne les tutelles ministérielles, le DAAD a fait des expériences positives avec une répartition des tâches très nette entre les deux ministères. Le ministère des affaires étrangères prend en charge tout ce qui concerne la mobilité vers l'Allemagne, le ministère fédéral de l'éducation de la recherche finance toutes les activités du DAAD ciblées sur la mobilité allemande et le développement de l'éducation supérieure en Allemagne. En tout cas, il faut voir d'un bon oeil que le gouvernement considère la mobilité comme une priorité. C'est plutôt constructif.

L'AEF: Comment fonctionne le DAAD?

Stefan Hormuth: Il regroupe 229 établissements d'enseignement supérieur allemands et 124 corps étudiants. Le "board" compte 15 membres dont 3 étudiants très actifs. Les étudiants allemands et étrangers, élus dans les instances de l'agence, ont une forte valeur ajoutée car ils offrent des perspectives différentes et représentent une force de proposition. Le "board of trustees", qui compte des membres du gouvernement, n'a pas de pouvoir décisionnel à part le vote du budget, il a plutôt un rôle de conseil. Le DAAD est autonome: il est responsable devant les universités et non devant le gouvernement.

L'AEF: Quel est son rôle?

Stefan Hormuth: Notre office a 4 missions principales. Il doit aider les étudiants et les chercheurs à partir à l'étranger et venir en Allemagne. En 2008, le DAAD a financé 55 000 boursiers (étrangers et allemands). Son rôle est aussi de promouvoir la langue allemande et d'aider les universités allemandes à s'internationaliser, entre autres par des programmes d'accueil des étudiants étrangers. Enfin, le DAAD assiste les pays en voie de développement dans leur travail de modernisation de leur système d'enseignement supérieur et de formation de leurs futures élites.

L'AEF: Quel est le budget du DAAD et comment sont réparties les dépenses?

Stefan Hormuth: En 2008, le budget s'élevait à 300 millions d'euros [NDLR: celui de CampusFrance est d'environ 10 millions d'euros]. 46% proviennent du ministère fédéral des affaires étrangères, 22% du ministère fédéral de l'éducation, 8% du ministère fédéral de la coopération, 17% de l'UE et 7% d'autres sources. La moitié du budget est consacré aux bourses: 68 millions pour les bourses pour les étudiants et chercheurs étrangers, et 83 millions pour les allemands. 60 millions d'euros sont investis pour l'internationalisation des établissements d'enseignement supérieur et pour accroître l'attractivité des établissements allemands pour les étudiants et chercheurs internationaux. Il reste 51 millions pour la coopération culturelle avec les pays en développement et 37 millions pour la promotion de la langue allemande.

L'AEF: Quels sont les défis de l'Allemagne en terme de mobilité?

Stefan Hormuth: Les membres du DAAD ont décidé cette année que la priorité devait être d'augmenter l'expérience internationale et le nombre d'étudiants étrangers en Allemagne. Nous sommes le troisième pays pour la mobilité entrante: le nombre d'étudiants étrangers est passé de 75 000 à 83 000 de 2007 à 2008, ce qui représente une augmentation de 10%. Désormais, nous devons leur garantir un bon parcours. Trop d'étudiants étrangers ne vont pas jusqu'au bout de leur formation: on doit faire en sorte qu'ils restent plus longtemps afin d'obtenir le diplôme. De plus, aujourd'hui seuls 30% des étudiants allemands ont eu une expérience à l'étranger, nous voulons atteindre les 50%. Pour arriver à améliorer la mobilité, il faudra plus d'argent mais aussi construire des cursus LMD plus internationaux. Nous allons travailler avec les universités afin que la mobilité ne soit pas conditionnée à la seule décision personnelle de l'étudiant mais qu'elle soit obligatoire dans les cursus.

L'AEF: Comment réduire les freins à la mobilité?

Stefan Hormuth: D'abord, il faut prendre le processus de Bologne avec sérieux et profiter du LMD pour harmoniser les cursus et y inclure des périodes de mobilité. La mobilité devrait être naturelle. Mais, pour arriver à un véritable espace européen de l'enseignement supérieur, il faut reconnaître le travail effectué par les étudiants pendant leur séjour à l'étranger et être ouvert aux techniques et méthodologies différentes. De plus, il est primordial d'assister les étudiants financièrement pour que la mobilité ne soit pas un fardeau. Les bourses Erasmus, trop faibles auparavant, ont déjà été augmentées. Les étudiants allemands peuvent aussi emporter leur bourse sur critères sociaux à l'étranger. Enfin, développer la mobilité au sein de l'Europe est un grand défi, mais nous devons aussi soutenir la mobilité hors UE.

L'AEF: Selon vous, quel est le niveau de mobilité idéal? Combien de temps faut-il partir?

Stefan Hormuth: Au niveau de la licence, il faudrait que les étudiants aient au moins une expérience à l'étranger. Mais en Allemagne, les études à ce niveau offrent encore peu de liberté. Le niveau master est - selon moi - la meilleure période pour partir selon moi. Tous les programmes de master devraient comprendre une phase de mobilité. Si les périodes de séjours à l'étranger ont tendance à se raccourcir, je pense néanmoins que pour vivre une expérience enrichissante, il faut partir une année entière, ou au moins un semestre complet. Le niveau doctorat fait une place naturelle à l'international. La mobilité à ce niveau permet d'apprendre différentes méthodologies et conceptions.

L'AEF: Estimez-vous les classements utiles aux étudiants (L'AEF n°106315)?

Stefan Hormuth: Pour choisir où étudier, les classements ne signifient pas grand chose, car ils sont principalement basés sur la recherche et non sur la qualité de l'enseignement. C'est pourquoi nous avons besoin d'un système d'assurance qualité. En revanche, le classement du CHE en Allemagne constitue désormais un bon outil pour les étudiants, qui peuvent avoir accès à des informations détaillées en choisissant leurs propres critères.

 


Contact:

DAAD, Klaudia Knabel
Directrice du bureau français
01 44 17 02 30

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